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Le retour des qualités féminines


Je suis née dans une culture sculptée par le combat des femmes pour leurs libertés : droit de se former et de participer à la vie de la cité, droit de travailler et de dépenser son capital comme bon nous semble, droit à disposer de son propre corps, de choisir comment se soigner, comment élever ses enfants, d’inventer sa vie amoureuse, … Ces quêtes sont loin d’être abouties. Mais je reconnais, en tant que jeune femme française, que je bénéficie des conséquences des actes de désobéissance créatrice menés par mes aïeules. Sans elles, ma vie n’aurait pas été aussi inspirée. Je leur exprime toute ma gratitude.


Afin de suivre leurs traces et d'honorer cet héritage, j’ai dessiné les contours de ma propre quête : la reconnexion aux qualités féminines.



Des Culottées

Les femmes de ma vie m’ont enseignée l’affirmation de mes idéaux, l’indépendance d’esprit, la liberté de mouvement et le refus des inégalités sociales. Ma mère a introduit la pédagogie alternative d’Emmi Pickler dans toutes les crèches Croix-Rouge de Lyon. Elle interdisait aux éducatrices d’assoir les bébés tant qu’ils n’avaient pas trouvé le moyen de s’assoir par eux-mêmes. Lors de la construction d’une nouvelle structure, elle surveillait de près les architectes pour qu'ils ne lui collent pas des rambardes de sécurité partout, ce qui aurait empêcher la libre circulation des enfants. Toute sa vie elle aura défendu la liberté de grandir.


Pour moi, à son niveau, elle fait partie de celles que Pénélope Bagieu appelle une « Culottée », une femme qui ne fait que ce qu’elle veut.



La voie sacrée des arts martiaux

Sans m’en rendre compte, j’ai aussi appris très tôt à porter le costume des guerrières : interrompre et parler fort pour faire entendre ma voix, dominer pour ne pas me soumettre, garder la tête froide pour ne pas être envahie par les émotions, ignorer les coups et blessures. Être plus forte que les forts.


J’ai commencé les arts martiaux traditionnels japonais,le Budo, à l’âge de 13 ans. Ma mère était le bras droit de mon senseï. J’étais la seule enfant d’un groupe de 60 adultes, pour la plupart thérapeutes ou formateurs et entraînés depuis des années. J’ai passé 7 ans à pratiquer, de 5 à 15h par semaine, dans les dojos naturels de la dune du Pyla, au milieu des arbres remarquables de Bribacte et au sommet des montagnes du Queyras. J’ai repoussé mes limites physiques en méditant dans l’océan glacé du mois de janvier. J’ai ouvert le champs des possibles, avant même que se cristallisent en moi des croyances inhibantes, grâce aux jeûnes et à la marche sur le feu.


Raconté comme cela, ce moment de vie ressemble à n’importe quel film d’action dans lequel le héros serait préparé en vue d’un combat important à mener pour sauver sa communauté. Comme si la résolution de tous nos problèmes ne pouvait s’effectuer que par la violence et la confrontation.


Mon expérience est tout autre. Ce que les arts martiaux m’ont enseignée à cette époque, c’est l’inverse de la destruction. Car pour entrer dans une eau à 7° il n’y avait rien à combattre. Il m’a fallut respirer profondément et entrer dans toutes mes sensations, les accueillir sans jugement, comme si je les découvrais pour la première fois et que je n’avais encore aucun mot pour les décrire, ni en bien, ni en mal, ni en rien. Alors j’ai pu connecter avec une chaleur intérieure, celle de l’émerveillement.

Dans la pratique du jeûne, j’ai aimé le vide et la lenteur. Et c’est l’humilité et l’alliance avec les éléments naturels qui ont permis ma marche sur les braises.


L’introspection, la sensorialité, la réceptivité, le vide, la lenteur, l’humilité, le sensible. Dans la philosophie taoïste, toutes ces qualités – et bien d’autres encore – sont associées aux énergies Yin.


Ce sont les manifestations du Féminin, au sens symbolique du terme.


Se connecter aux qualités Yin permet de rééquilibrer le monde en soi.


C’est la voie sacrée enseignée par Moriheï Ueshiba, le fondateur de l’Aïkido : « Nul ne peut m'enlever ma force puisque je ne m'en sers pas. »



Le Yin pour créer et accompagner

Celles et ceux qui œuvrent savent que c’est leur sensibilité qui donne une âme à leurs réalisations. Le goût permet aux chefs cuisiniers d’évaluer et de jouer avec l’équilibre des saveurs. Les créateurs d’élixirs (spiritueux, parfums, remèdes) savent qu’ils doivent faire preuve de patience pour que maturent les plantes et que se distille leur essence. L’intuition, associée à l’expérience, guident leurs gestes vers des assemblages originaux.


Dans les métiers de l’accompagnement, chez les facilitateurs, formateurs, coachs, thérapeutes, les qualités Yin sont tout aussi indispensables. La capacité à faire le vide en soi pour accueillir l’autre dans ses besoins sans l’encombrer de nos propres interprétations - ce que les américains appellent le « Holding space » - n’est pas toujours inné. C’est une qualité de présence subtile qui s’affine avec le temps.


Au-delà des genres

La voie du Féminin, je l’ai retrouvé grâce aux femmes qui m’ont accompagnée ces dernières années et aux hommes avec lesquels je travaille aujourd’hui.


La pratique de la danse avec Annick Fière, Marie Motais et Céline Verchère contribue à éveiller mes perceptions au-delà de l’analyse intellectuelle d’une situation. Elle m’apprend à voir avec le cœur et les sens, même si les faits me montrent tout autre chose.


Et mes collaborateurs Miguel Aubouy, Karl-Stephan Lucas, Thomas Paris, Brice de Margerie, Pierre Volant, Philippe Brasseur me montrent chaque jour combien la bienveillance, la profondeur et la douceur peuvent s’exprimer chez chacun, au-delà des genres et qu’elles ne sont en rien la marque des faibles.


Elles sont l’empreinte des hommes et des femmes de sagesse.

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